[Laboratoire d’idées]
La Palestine, l’ONU, la force et le droit
Mars 2011

La porte de l’ONU est en train de se fermer aux Palestiniens. Où sont les espoirs et les promesses d’Oslo et Madrid ?

Pendant longtemps, les Palestiniens ont eu recours à la résistance armée pour s’opposer à l’occupation militaire de leur territoire. Avec la dernière Intifada, le résultat fut catastrophique. La société israélienne s’est radicalisée vers la droite et l’extrême droite tandis que la société palestinienne a été soumise à la répression la plus dure qu’elle n’ait jamais connue.

Pendant des années, ils ont aussi tenté la voie des négociations directes avec Israël, sous l’exclusive tutelle des États-Unis. Il n’en est absolument rien sorti de significatif. Ouvertes avec les travaillistes en 1993, elles ont toujours été refermées quand le Likoud est revenu au pouvoir avec Ariel Sharon d’abord, puis avec Benjamin Netanyahu qui ne cesse d’affirmer sa disponibilité pour négocier tout en excluant par avance tout compromis sur Jérusalem-Est, les grands blocs de colonies et la question des réfugiés....Quant à l’État palestinien, il ne l’envisage que sous la forme de territoires séparés et contrôlés par l’armée israélienne sur la base d’un plan de cantonisation formée de quatre entités : Gaza, Hebron, Naplouse et Ramallah. Ce qui ne serait rien d’autre que la pérennisation de la situation actuelle. Et, bien entendu, rien ne presse : Avigdor Libermann, ministre israélien des Affaires étrangères, envisage la mise en œuvre de cette formule dans 25 ans....

Si ni la force, ni la négociation directe n’ont donné de résultats tangibles, que reste-t-il aux Palestiniens ? Tout simplement le droit international.C’est à dire les normes produites et acceptées par l’ensemble des États du monde. C’est en quelque sorte le bien commun d’une humanité qui grâce à cette construction normative est sortie de l’état de barbarie pour accéder à une société internationale. Ces règles sont claires. L’ONU a depuis longtemps reconnu le principe d’un État palestinien sur les frontières d’avant 1967 avec Jérusalem Est comme capitale et le droit à l’autodétermination du peuple palestinien.

Dans ces conditions quoi de plus logique que d’aller devant le Conseil de sécurité pour demander l’entrée de la Palestine à l’ONU comme État à part entière ?. Ce que le rapport de forces interdit sur le terrain, le recours à l’ordre juridique doit pouvoir le permettre si nous sommes bien dans une communauté de droit. C’est tout sauf une démarche unilatérale puisqu’il s’agit de solliciter une décision d’une organisation multilatérale pour mettre fin à une occupation militaire qui dure depuis 1967 et s’accompagne d’une colonisation, forme perverse de dépossession territoriale de l’Autre. Le monde entier est conscient de cette injustice et l’immense majorité des États membres de l’ONU soutient donc la demande palestinienne comme on vient de le voir avec éclat à l’Unesco. Le monde entier sauf l’Occident et quelques autres États qui lui sont liés. Les États-Unis ont tout fait pour empêcher cette démarche palestinienne alors même que le président Obama appelait encore de ses vœux la présence d’un État de Palestine à l’ONU lors de la dernière Assemblée générale en septembre 2010... Les États européens membres du Conseil sont à peu près sur cette ligne avec des nuances qui les amènent vers l’abstention ou le vote contre. Alors qu’avec l’irrésistible montée en puissance des pays émergents, on assiste à une métamorphose du monde, l’Occident campe encore sur des positions d’une autre époque. Au nom de quoi en effet continuer de refuser aux Palestiniens la reconnaissance de leur État par les Nations unies ? Celle-ci constituerait pourtant l’indispensable préalable à l’ouverture de nouvelles négociations fondées sur le droit international et non plus surdéterminées par la redoutable asymétrie du rapport de forces dans la région. A l’heure des révoltes arabes, cette initiative revêt encore davantage de sens. A travers la reconnaissance de leur État, les Palestiniens, comme les autres peuples, ne veulent rien d’autre que la liberté et la dignité. Israël aurait tout à y gagner, à commencer par son intégration à la région, meilleure garantie de sa sécurité sur le long terme.

Pour l’iReMMO, Jean-Paul Chagnollaud

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